Baptiste Charneux: Facades and Their Beasts

Baptiste Charneux développe ses gestes et son imaginaire dans la terre. Les autres techniques auxquelles il s'est essayé telles que le bois et le métal continuent aujourd'hui de servir son activité principale, pour mieux la socler. Appliqué et inventif, il excelle à bousculer les bonnes manières. Un pot se tourne. Une couleur s'émaille. Du grès se modèle. Il ne s'agit pas d'ignorer ni de détruire ces généralités mais plutôt de les prendre par contradiction comme autant de défis à relever. L'artiste travaille beaucoup, et dans un permanent effort de surpassement. À l'école à Beauvais puis à Caen, proche de sa famille dans les forêts ardennaises ou les montagnes alpines, de passage au bord du Rhône, à Prague dans son propre atelier de Strašnice ou une fabrique de Žižkov, il s'empare à chaque fois de savoir-faire spécifiques assumant une pratique de la céramique selon des situations précises. Car l'argile provient toujours d'un terroir.

Baptiste Charneux manifeste sa dextérité et son vocabulaire par la terre. Ses déplacements lui permettent d'expérimenter un éventail de propriétés. Il touche ce qu'il trouve, là, par choix plutôt que par défaut. Falaises des vaches noires sur le littoral normand, faïence claire dans le Bessin, matière à briques en Picardie, faïence rouge vernissée du Roussillon, grès de Flandre française, de République tchèque ou de Province germanique, offrent chacune leur qualités propres. Une cartographie se dessine, charnelle et enfouie. Aujourd'hui c'est avec et chez la céramiste praguoise Eva Pelechová que l'artiste signe un ensemble de nouvelles œuvres. Cette première exposition personnelle résulte d'une résidence d'un mois à l'initiative de Michal Novotný pour Futura qui inaugure ainsi son programme « Arts project in Ceramics & Clay ». De la recherche à la production, ce baptême prodigue du temps, de l'espace et des ressources.

Baptiste Charneux confirme son talent et sa passion pour la terre. Son présent projet traduit un émerveillement en tant qu'émigrant, face aux pignons bariolés de sa nouvelle ville. Leur style penche davantage vers la fantaisie que la raison. Il s'agit de privilégier une Histoire par la parure. De moulures en moulages, l'artiste décide d'en reproduire des fragments en s'appropriant formes pompeuses et palette pastel. Pour cela, toujours enclin à contrarier les habitudes, il s'aventure dans une entreprise laborieuse et satisfaisante, consistant à fabriquer lui-même ses pains teintés dans la masse. Le challenge est réel car le grès ne se colore pas si facilement, surtout lorsque l'on veut comme lui, éviter la froidure des émaux. S'en suit une épopée alchimique dont les nombreuses opérations guideront secrètement l'obtention d'une pâte à nouveau malléable.

Baptiste Charneux aiguise sa technicité et son jeu avec la terre. Une fois cette possible mais industrieuse manipulation effectuée, il dispose d'un matériau qu'il exploite par estampage et combinaison à partir des recoins de l'architecture qui le concerne. Un ultime ponçage accentuera les contours et nuances de ces mystérieux blocs. Et pour alimenter davantage encore son enquête baroque, l'artiste a également façonné des bestioles empruntées au même décorum originel. Il raffine le grotesque. Il construit ses ruines. Tous ces oxymores installent durablement sa sensibilité dans un romantisme qui chérit autant la grimace que la majesté, pourvu qu'elles soient associées. Ainsi ces céramiques sophistiquées seront présentées selon des principes évoquant le lexique du chantier. L'étape s'annonce déterminante dans l'établissement d'une sensibilité inspirée et innovante dans le champs de la sculpture.

Joël Riff